Actualités de la ville de fes au Maroc

actualités

Retour à la liste

A Fès, les musiques sacrées face aux folies du monde

A Fès, les musiques sacrées face aux folies du monde

 

INVITÉS DU FESTIVAL MAROCAIN, DES ARTISTES INDIENS, KURDES, IRAKIENS, PALESTINIENS OU BRÉSILIENS FONT DE LEURS TRADITIONS DES ACTES DE RÉSISTANCE.

Hamid, Anwar et Swaroop chantent l'amour, la cérémonie du henné et les chèvres qui descendent les dunes. Agés de 10 à 14 ans, ils font partie des Lângas, une caste de musiciens musulmans au Rajasthan. Entendre leurs voix graciles, accompagnées des quatre musiciens adultes qui complètent l'ensemble Chota Divana, devant des centaines d'enfants marocains réunis dans un cinéma décati de la médina de Fès, n'était pas si incongru que cela. Parce que cette salle projeta naguère des films de Bollywood ? Ou plutôt parce que la connexion se fit naturellement entre des artistes et un public du même âge ? Même dissipés, les écoliers fassis accueillirent joyeusement leurs visiteurs enturbannés, avant que l'écran diffuse le documentaire « Les Petits princes du Rajasthan », réalisé par Aurélie Chauleur. Laquelle s'empresse de doucher notre enthousiasme : « Ces enfants appartiennent peut-être à la dernière génération de chanteurs Langâs. Leur tradition est liée à un écosystème — le noyau familial, la place du village, la caste supérieure qui entretient les musiciens — vieux de sept générations mais qui se délite à grande vitesse, au rythme de l'exode rural. Traditionnellement appelés pour les naissances et mariages chez leurs mécènes, ils ne veulent plus être rémunérés en chevaux ou en chameaux, mais plutôt en téléviseurs et téléphones portables. La transmission se fait moins facilement, sans compter que plus personne ne sait fabriquer correctement un instrument comme le sarangi(vièle à archet, NDLR). » Un instrument constitutif de cette communauté, au point qu'elle se baptise Lânga Sarangi. Ce qui fait dire à l'un des musiciens du documentaire : « Quand le sarangi ne sera plus là, Dieu seul sait ce qui se passera. »

 

Femmes fondatrices

Hamid, Anwar, Swaroop et leurs aînés rajasthanis étaient au nombre des invités du 22ème Festival des musiques sacrées de Fès (6 au 14 mai) où ils se sont produits à de multiples reprises, depuis la prestigieuse création inaugurale devant 5 000 personnes à Bab Al Makina, jusqu'au patio intimiste du riad Dar Adiyel, l'un des nombreux trésors architecturaux de la plus grande médina du monde. Outre un focus sur l'Inde, le festival articulait cette année une thématique consacrée aux « Femmes fondatrices », dans une ville où Fatima Al Fihriya fonda l'université Al Quaraouiyine, haut-lieu du savoir islamique depuis le Moyen-Âge, dans la capitale spirituelle du royaume. Alors que le sujet anima un forum auquel participèrent des intellectuels de divers horizons, le festival s'est poursuivi toute la semaine selon une programmation plus féminine qu'à l'accoutumée. La pluie s'en est mêlée aussi, au point que la diva malienne Oumou Sangaré a dû annuler sa prestation, comme elle y fut déjà contrainte l'an passé. Alors qu'il occupe généralement les cours et les jardins historiques de la ville, le festival a rapatrié ses concerts dans des salles tout aussi patrimoniales, même si le peuple fassi dut se mouiller pour assister aux soirées gratuites — rap marocain ou chorale chinoise — maintenues sur l'immense place Boujloud, ou aux Nuits Soufies dans le cadre magique de Dar Tazi.

 


button-tray